« Le sommeil de la raison engendre des monstres. » 

Francisco de Goya 

Récemment, les journalistes de Jeune Afrique interviewant Brice Hortefeux soulignaient le problème que, selon eux, pose l’intitulé du ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement*, intitulé qui associe les termes d’immigration et d’identité. Et l’on aurait apprécié qu’ils nous disent en quoi cela posait problème selon eux. Toujours est-il que, sans plus de précision, Brice Hortefeux, Ministre en charge dudit ministère leur répondait qu’« Aujourd’hui, si l’on veut réussir l’intégration en France, il faut maîtriser l’immigration. Si l’on évoque les questions d’immigration et d’intégration, cela pose la question de l’identité nationale, c’est-à-dire de l’héritage de notre patrimoine commun et de la préservation de l’équilibre de notre société de demain […] La notion d’identité nationale n’est en aucun cas un concept agressif. Ni même défensif. » (Source : « La grande interview, Brice Hortefeux “Non, la France n’est pas raciste !” » Propos recueillis par François Soudan, Sonia Mabrouk et Elise Colette, in Jeune Afrique, n° 2458, 17-23 février 2008, pp. 24-29)

Au préalable, je tiens à souligner la confusion qu’exprime Brice Hortefeux en usant indifféremment des termes de « notion » et « concept ». Si l’identité nationale est une notion, renvoyant alors à une connaissance intuitive, synthétique et assez imprécise (de l’identité nationale) – et si elle n’en désigne pas moins, en une troisième acception de sens commun, un « objet abstrait de connaissance », elle ne peut pas être entendue au sens propre comme un concept, en tant que « représentation générale et abstraite d’un objet ». En un premier sens, elle demeure de l’ordre du mouvant ; en un second sens, la définition en est bien davantage figée. Certes, dans le langage courant, notion et concept renvoient l’une à l’autre. Mais d’un point de vue scientifique, et il me semble qu’en de telles déclarations aux enjeux politiques et sociaux aussi sensibles, il ne peut en être autrement que l’articulation ne se pose, en aucune façon, en termes d’égalité. (Source : Petit Robert. Dictionnaire de la langue française, Paris, Le Robert - SEJER, 2004, p. 1745 « notion » et p. 499 « concept »)

Toujours est-il que je m’interroge sur ce que pourrait être plus précisément cette identité nationale qu’évoque le Ministre. Par curiosité, je me suis rendu sur le site officiel du ministère. Mais ce dernier ne nous éclaire pas davantage sur ce qui caractériserait l’identité de la France, une identité nationale française. 

L’une des quatre missions du ministère, nous apprend-on, est de « Promouvoir notre identité. L’identité française, (qui) est à la fois l’héritage de notre histoire et l’avenir de notre communauté nationale. La Constitution de la Vè  République, à son article premier, affirme que “la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion”. La promotion de notre identité est une réponse aux communautarismes et vise à préserver l’équilibre de notre Nation. L’immigration, l’intégration et l’identité nationale sont complémentaires. Elles sont même intimement liées. C’est parce que la France a une identité propre dont elle peut être fière qu’elle a les moyens d’intégrer des immigrés qui respectent nos valeurs et qu’elle peut organiser de façon sereine l’immigration. Enfin, Telle est l’ambition de ce nouveau ministère : lutter contre l’immigration irrégulière, organiser l’immigration légale en favorisant le développement des pays d’origine afin de réussir l’intégration et de conforter l’identité de notre Nation. » (Source : http://www.premier-ministre.gouv.fr) Autant dire, pas grand-chose pour nous aider. L’identité relève de quelque chose que l’on hérite, des valeurs… 

Dans une précédente allocution officielle, en date du 1er juin 2007, « Immigration, identité, développement : trois missions étroitement liées », Brice Hortefeux tint à peu près le même langage sur l’idée de promotion de « notre » identité (distinguant cette fois-là, soulignons-le, notion et concept, insistant sur le fait que l’identité nationale n’est pas un concept, ce qui selon moi, relève d’une affirmation qui tient davantage au risque qu’il y a de renvoyer celui qui la défend à une position d’extrême droite, plus qu’à une réelle connaissance des termes). Ainsi, précise-t-il, « Cette notion, en devenir permanent, contribue à assurer notre équilibre national. Notre identité est une réponse à la fois à la mondialisation et aux communautarismes[…] Cacher notre identité à ceux qui souhaitent s’installer en France reviendrait à renier les valeurs qui ont forgé notre histoire et à accepter l’idée que l’immigration ne soit dictée que par des considérations matérielles. La promotion de notre identité ne révèle strictement au­cune hostilité à l’égard des immigrés. Elle n’entame en rien la diversité, elle donne aux étrangers un guide de valeurs républicaines à respecter. L’i­dentité nationale n’est pas un concept, c’est une boussole pour les Français et pour toutes celles et ceux qui aspirent à le devenir. Cette identité passe avant tout par la langue qui doit être promue notamment grâce au réseau des alliances françaises déjà présent dans 133 pays mais qui sera considérablement développé et dynamisé. » (Source : http://www.premier-ministre.gouv.fr) Une boussole, qui indique le Nord, sans doute ?…

Des valeurs donc, républicaines… une identité qui passe avant tout par la langue… et « réponse à la mondialisation et aux communautarismes »…

Un peu plus tard, dans une tribune sur l’identité nationale publiée dans Libération le 27 juillet 2007, Brice Hortefeux précise sa vision de l’identité nationale. Où l’on est en droit de s’interroger alors sur ce que Brice Hortefeux comprend réellement de ce dont il parle : « L’identité, déclare-t-il, se base avant tout sur ce que chacun souhaite apporter à son pays plus que ce dont il peut hériter. Cela ne relève donc plus principalement de l’héritage comme il fut dit et écrit plus tôt. Mieux que le vivre ensemble, il s’agit de bâtir ensemble. C’est cela, désormais, être Français. ». L’héritage relativisé au profit de ce que l’on souhaite apporter… Mais comment évalue-t-on « ce que chacun souhaite apporter » ? Plus loin, prenant comme exemple Apollinaire qui, rappelle-t-il, « Né d’un père italien et d’une mère polonaise, […], avait choisi le français pour langue et la France pour patrie […] fut engagé volontaire en 1914 pour défendre un pays qui était le sien par l’amour qu’il lui portait », Brice Hortefeux insiste sur le fait que « Le devoir de mémoire ne suffit plus, il faut aussi le devoir de servir. » Servir par amour, sans doute… Devoir de mémoire, devoir de servir… Mais quelles valeurs encore ?… (Source : http://www.premier-ministre.gouv.fr)

Plus loin encore, reprenant les propos de Gaston Kelman**, Brice Hortefeux affirme « qu’en créant ce ministère, nous reconnaissons, officiellement, pour la première fois, que l’immigration est constitutive de notre identité. Ce ministère permet de retisser le lien qui s’est distendu entre nation et immigration. » Qu’est-ce donc que ce lien entre des notions telles que la nation et l’immigration ? En quoi l’immigration est-elle constitutive de l’identité de la France ? Montrez-le nous Monsieur le Ministre, ici nous sommes d’accord ! Il ne s’aventurera pas davantage… 

Essayons-nous alors ici à préciser une définition de « l’identité nationale ». Nous devinons que le terme d’identité renvoie ici spécialement à ses deuxième et troisième acceptions de sens commun : « caractère de ce qui est un », c’est-à-dire l’unité, d’une part, et, dans une acception relevant de la psychologie, en parlant d’une personne, « caractère de ce qui demeure identique à soi-même », ou d’une culture, « identité culturelle : ensemble de traits culturels propres à un groupe ethnique (langue, religion, art, etc.) qui lui confèrent son individualité », d’autre part ; ajoutons également « le sentiment d’appartenance d’un individu à ce groupe » (Source : Petit Robert. Dictionnaire de la langue française, Paris, Le Robert - SEJER, 2004, p. 1304)

Ce que ne dit pas le sens commun, c’est que l’identité ne peut-être conçue autrement que comme un processus (une notion en devenir permanent), et non un simple état, ce qui nous ramène du côté de la notion (mouvement) davantage que du concept (fixe, relativement). Autrement dit, l’identité n’est pas donnée une fois pour toute, qu’elle soit nationale ou autre. Elle s’élabore dans le temps. Le dictionnaire souligne également, à travers les différentes acceptions du mot identité, combien celle-ci renvoie à la fois au collectif et à l’individuel. L’identité apparaît alors comme un processus interactionnel. L’identité que chacun se construit est liée à des identités collectives, de groupes, voire à une identité nationale. Cette dernière nous invite alors à nous interroger sur le terme « nation ».

Le dictionnaire de sens commun renvoie à différentes acceptions : la nation désigne, en premier lieu, un « groupe d’hommes auxquels on suppose une origine commune » ; elle désigne ensuite un « groupe humain, généralement assez vaste, qui se caractérise par la conscience de son unité (historique, sociale, culturelle) et la volonté de vivre en commun ». Cette acception nous ramène à l’identité, en son caractère d’unité, et pose également une prise de conscience qui s’accompagne d’une volonté : les individus formant la nation sont conscients de ce fait et veulent le vivre ensemble. (peut-être est-ce ici que réside le « devoir de servir » ?) Ceci nous ramène notamment à l’idée de socialisation, d’apprentissage (enseignement de l’histoire, de la culture… intériorisation des valeurs et modèles singuliers de la nation dans laquelle les individus sont nés). Une troisième acception renvoie à la dimension proprement politique de la nation : « groupe humain constituant une communauté politique, établie sur un territoire défini ou un ensemble de territoires définis, et personnifiée par une autorité souveraine ». (La nation c’est encore « l’ensemble des individus qui composent ce groupe ») (Source : Petit Robert. Dictionnaire de la langue française, Paris, Le Robert - SEJER, 2004, p. 1710) 

Mais la nation, aujourd’hui, est davantage qu’une seule organisation politique, l’expression d’une communauté de mémoire, de culture. Ainsi doit-on l’entendre lorsque Brice Hortefeux souligne que l’identité française est « à la fois l’héritage de notre histoire et l’avenir de notre communauté nationale. » (Source : Jeune Afrique) L’idée d’héritage qui renvoie directement à l’idée de patrimoine, à l’idée alors de sa sauvegarde. Le patrimoine qui a, en passant, la même racine étymologique que le patriotisme*** … que l’on voudrait raviver aujourd’hui, tant il est vrai qu’il a pu fondé l’identité nationale de la France au temps des affrontements guerriers ou de la naissance des nations. Servir son pays ! Le retour de l’enseignement de la Marseillaise à l’école participe de cet élan, avec en arrière fond, toujours, l’idée de précaution… prenons garde, en bon père de famille, en bon Père de la Nation, de l’avenir de nos enfants, de nos compatriotes…

Ainsi du récent discours du Président à Périgueux : « Dans le monde d’aujourd’hui, l’affirmation des valeurs morales, l’énonciation de règles de comportements applicables à tous, sont une absolue nécessité. Cette instruction civique et morale prévoit notamment l’apprentissage des règles de politesse ou de courtoisie (la toute récente altercation du Président au salon de l’agriculture renvoie cruellement au défaut de politesse ou de courtoisie qui caractérise, en un stéréotype finalement à peine exagéré, les Français), la connaissance et le respect des valeurs et des emblèmes de la République française : le drapeau tricolore, ce n’est pas faire du nationalisme que d’apprendre à nos enfants à respecter le drapeau tricolore, la nation qui est la leur, Marianne, l’hymne national, à l’écoute duquel nos enfants devront se lever. Dans les conceptions qui sont les miennes, l’hymne national ne se siffle pas, le drapeau pour lequel nos anciens sont morts, on se lève quand on écoute l’hymne national. Ce sont des conceptions qui existent dans beaucoup d’autres démocraties sans que personne ne s’en offusque. Ce sont des repères. Ce sont des valeurs. A l’écoute de tout ceci, nous aurons une école ouverte sur le monde et la cité. Cet enseignement présentera également, pour les plus grands, les règles élémentaires d’organisation de la vie publique et de la démocratie : le refus des discriminations de toute nature, la démocratie représentative, l’élaboration de la loi, les enjeux de la solidarité nationale… C’est dans ce cadre que s’inscrira l’initiation des enfants à ce que fut le drame de la Shoah en leur confiant la mémoire d’un des 11 000 enfants victimes de cette tragédie. Il s’agit d’une démarche contre tous les racismes, contre toutes les discriminations, contre toutes les barbaries, à partir de ce qui touche les enfants, c’est-à-dire une histoire d’enfant qui avait leur âge. C’est d’autant plus nécessaire, Mesdames et Messieurs, que les survivants de cette époque tragique de notre histoire vont disparaître, parce que le temps est le temps, les témoins ne seront plus là. Les témoins, cela ne se reproduit plus. Ce sont nos propres enfants qui, de génération en génération, se transmettront ce souvenir. Un jour, on a voulu tuer des enfants de leur âge, au nom d’idées barbares, au nom d’idées inadmissibles. Un jour, il y a eu des fautes qui ont été commises, en Europe et dans notre pays. Les enfants doivent porter la mémoire de cela, parce que ces enfants seront demain des adultes. » (Source : Discours de M. le Président de la République sur l’école et la réforme de l’enseignement primaire, au Théâtre Odyssée à Périgueux en Dordogne, 15 février 2008, http://www.elysee.fr))

L’identité nationale, être français, se dire français, ce serait donc aujourd’hui, partager cet héritage commun : le devoir de mémoire, le devoir de servir, au rythme d’un hymne, sous les couleurs… des valeurs, dites-vous ? Quelles valeurs ? Je vois là des symboles, tout au plus, et non partagés encore ! Point de valeur, non. Décidément, il serait bon que nos dirigeants revisitent le dictionnaire.

L’héritage, c’est aussi la langue nationale, qu’il faut défendre farouchement, si l’on en croit le Président Sarkozy qui fait de « la maîtrise de notre langue », une « priorité absolue », « parce que si l’on ne parle pas notre langue, c’est difficile d’espérer progresser. Le vocabulaire est un instrument de liberté ; l’orthographe, par quoi notre langue se tient debout ; la grammaire, qui est le commencement de toute pensée qu’il faut débarrasser de l’invraisemblable charabia dans lequel on l’a enveloppée et qui l’a rendue presque aussi incompréhensible pour les enfants que pour les parents […] toutes ces disciplines seront remises à l’honneur. Sans parler de la pratique du langage texto, je suis terrifié lorsque j’en reçois un. Il faut voir ce qu’est la langue texto pour le français. Si on laisse faire, dans quelques années on aura du mal à se comprendre. Non, écoutez, ce n’est pas un retour en arrière, c’est un instrument de liberté, pour un citoyen, de savoir parler sa langue, de savoir l’écrire, d’avoir des idées de la grammaire, et des idées de l’orthographe. Excusez-moi, avant toute autre chose, si l’on veut faire des citoyens français, et si l’on veut donner une chance à nos enfants, il faut qu’ils sachent lire, écrire et compter. Ça c’est le but et le rôle de l’école primaire et nous allons y arriver. Nous voulons quoi ? Nous voulons que l’enfant apprenne. Apprendre, c’est une démarche rigoureuse d’appropriation qui doit commencer très tôt : aussi n’avons-nous pas oublié l’école maternelle. Il s’agira d’en faire le lieu d’un véritable apprentissage de la langue orale. Car il est impossible d’apprendre à lire et écrire, tout aussi impossible de compter et de calculer, si l’on ne sait déjà parler correctement. » (Source : Discours de M. le Président de la République sur l’école et la réforme de l’enseignement primaire, au Théâtre Odyssée à Périgueux en Dordogne, 15 février 2008, http://www.elysee.fr) 

Mais l’identité nationale française est sans doute bien d’autres choses encore, relevant de nos pratiques quotidiennes, de notre mode de vie, touchant autant aux habitudes alimentaires qu’aux modes de participation à la vie sociale, commune, depuis les salutations jusqu’aux pratiques électorales, à commencer par le vote, et renvoyant alors à une autre idée, celle de citoyenneté. 

Dominique Schnapper, dont la réflexion s’articule à ces questions de Nation, de citoyenneté, d’identité, rappelle, après Montesquieu, l’idée de hasard qui nous vaut, la plupart du temps, notre appartenance nationale : « Je suis nécessairement homme, disait Montesquieu, et je ne suis français que par hasard ». « Mais, nous dit Dominique Schnapper, ce hasard objectif conduit à une nécessité : nous intériorisons progressivement le fait d’être Français, qui devient une dimension de notre propre identité ». L’identité individuelle est liée à l’identité du groupe d’appartenance. « Le sentiment d’appartenance nationale, explique-t-elle, est l’une des multiples dimensions de l’identité de chacun, au même titre que l’identité religieuse, sexuelle, familiale, sociale, régionale, ou que les références historiques supranationales ou infranationales. Nous possédons tous une composante nationale de notre identité. »

Ainsi des éléments qui constituent la culture pour les anthropologues, relevant des  dimensions de la vie quotidienne, de l’ensemble des modes de vies : le rapport à la cuisine, le rapport au temps, les formes de rites de passage (mariage, annonce des naissances qui varient d’une culture à l’autre…)…  La culture anthropologique coexiste avec une « culture savante » : nous partageons une même langue. « Au-delà d’un même instrument de communication, c’est une façon commune de concevoir le monde, d’organiser et de présenter ses idées, d’utiliser certains concepts. La langue est un moyen de se référer à une tradition savante commune et, en quelque sorte, un mode de pensée particulier » (Source : Dominique Schnapper, « La nation, hasard ou nécessité ? », in Sciences Humaines, hors série n°15, décembre 1996-janvier 1997, pp. 38-41). Martine Fournier souligne que l’appartenance nationale « consiste à inscrire dans le présent l’histoire dont on a hérité. L’identité n’est pas immuable, elle se crée, elle évolue et, plus encore, elle se nourrit du passé. Nous ne savons pas exactement qui nous sommes, mais nous en avons une idée à partir de laquelle nous construisons notre identité ». (Source : Sciences Humaines, hors série n°15, décembre 1996-janvier 1997, p. 41)

Mais qu’est devenu l’apport de l’autre ? Ce souhait qu’évoque le Ministre. L’identité, telle que je peux la percevoir dans ce qui vient d’être posé, relève d’un sens restreint, tourné vers l’intérieur. Or plus encore que tout ce qui vient d’être dit, l’identité française « s’est constituée par un multiséculaire processus de francisation, c’est-à-dire d’intégration de peuples et d’ethnies extrêmement diverses », comme le rappelait Edgar Morin en 2002, et « dans ce processus, la Révolution française a apporté à la fraternisation un fondement volontariste et spirituel. La France, sans cesser de demeurer un être terrestre, devient un esprit commun dès que les représentants de toutes les provinces déclarent solennellement leur volonté d’être français, lors de la fête de la Fédération du 14 juillet 1790; de plus, la Déclaration des droits de l’homme introduit l’idée d’universalité dans le code génétique singulier de l’identité française. Ce qui signifie que le ressourcement français, quand il est pris dans cette logique historique, n’est pas un processus de rejet et de fermeture. Le XX siècle a vu la francisation se poursuivre dans le cadre intégrateur de la III République, à partir d’immigrants venus des pays voisins. La République institue alors les lois de naturalisation qui permettent aux enfants d’étrangers nés en France de devenir automatiquement français et facilitent la naturalisation des parents. L’instauration, à la même époque, de l’école primaire laïque, gratuite et obligatoire permet d’accompagner l’intégration juridique par une intégration de l’esprit et de l’âme. » (Source : Le Monde, 3 mai 2002, sur les élections et la lepénisation qui, affirmant la préférence nationale, « constitue une rupture avec les principes de la République et l’universalisme français. ») 

Qu’enseigne-t-on aujourd’hui de l’autre (l’Autre) à l’école, usine à citoyens modèles, sous le contrôle étroit d’un Etat laïque (encore que… morale civique, morale religieuse… la France a du mal à se départir de cette séparation de l’Eglise et de l’Etat, en témoignent encore les récentes allocutions présidentielles. Pourtant, il suffirait de souligner, et ce n’est plus à démontrer, combien l’influence de la religion sur l’identité nationale a été réelle et a évolué. « Longtemps, dit René Rémond, on n’était français que si l’on était catholique. Puis une rupture est intervenue, à la Révolution. Certaines valeurs du christianisme, comme la personne, la liberté, l’ouverture sur le monde, sont restées au cœur de l’identité nationale, mais sous une forme sécularisée. Et aujourd’hui, le pluralisme et l’acceptation de la liberté religieuse font partie intégrante du corps de doctrine de l’identité nationale » (Source : Marie-Françoise MASSON, Denis PEIRON, « Comment se construit l’identité nationale », in La Croix, 14 mars 2007, http://www.la-croix.com) 

Mais quelle ouverture sur le monde offre-t-on ? L’identité nationale, quand elle se cantonne à ses symboles (Marseillaise à tue-tête), quand elle se nourrit du rabâchage étatique des grands épisodes de l’Histoire****, des grands Hommes, dont la pensée est trahie ou asservie chaque discours davantage (Jaurès en tête), n’offre point d’appui au citoyen ordinaire confronté à l’autre, celui qui ne l’est pas ou souhaite le devenir, celui qui aime la France ou ne l’aime pas. 

Ce n’est que dans la confrontation permanente des différences que s’élabore infiniment notre identité.

Jean-Christophe Leforestier


* néologisme

** Gaston Kelman, est né au Cameroun il y a 50 ans. Titulaire d’une licence bilingue de l’université de Yaoundé, il a continué une partie de ses études en Grande-Bretagne, puis en France en obtenant un 3e cycle d’urbanisme. Il a exercé pendant 10 ans des fonctions de directeur de l’Observatoire du Syndicat d’Agglomération Nouvelle de la ville d’Evry. Il est aujourd’hui consultant au sein d’une association qui milite pour l’intégration des migrants noirs. Je suis noir et je n’aime pas le manioc, Paris, Max Milo, 2004, 10-18 2005, Au-delà du noir et du blanc, Paris, Max Milo, 2005, 10-18 2007, Parlons enfants de la patrie, Paris, Max Milo, 2007 (http://www.maxmilo.com)

*** La racine commune renvoie au Père, mot issu du latin pater, patris « père », « fondateur », « vieillard », puis « Dieu » en latin chrétien […], terme de respect […], et désignant le père chef de la famille et représentant de la lignée […], le père protecteur, le garant du patrimoine, le patron… plus loin le compatriote, le patriote qui défend l’héritage de la patrie…

**** sur les usages de l’histoire par Nicolas Sarkozy, je renvois au Comité de vigilance sur les usages de l’histoire, « L’histoire par Nicolas Sarkozy. Le rêve passéiste », in Vacarme, n° 40, 2007 (http://www.vacarme.eu.org/article1339.html)

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« Qui ne dérange rien ni personne, ne libère rien ni personne »

 Yves Heurté

Ils parlaient, ils riaient, et je me mêlais à eux ; ils m’acceptaient, ils me toléraient ; certes, je n’étais pas l’un d’entre eux, mais je ne semblais pas les gêner. Souvent, je ne comprenais rien à ce qu’ils disaient, à leurs rires ; certains instants me laissaient dans une ignorance douce car, malgré la demi obscurité, je goûtais là une forme de connivence, un lien inexplicable sur le moment, mais fondateur. 

La morale qui s’impose aujourd’hui, comme toujours, s’appuie sur le contrôle de ce que chacun pense, dit et fait pour essayer, par tous les moyens, de le redresser afin que tous pensent, disent et fassent la même chose. La loi passe qui édicte l’ordre normal des choses.

Nous transgresserons. Nous jouerons au chat et à la souris avec les représentants de cet ordre moral nouveau (qui use et abuse de l’application du principe de précaution et de la tolérance zéro) et nous jouerons aussi longtemps qu’ils n’auront pas compris que c’est pour nous, désormais, le moyen le plus sûr de contrarier la condamnation de nos pratiques, de faire perdurer le simple désir de communiquer, de vivre ensemble qu’ils répriment ainsi (piétinant au passage, toute sensibilité). Nous transgresserons au-delà des changements opérés… 

Il m’arrive de fumer le narguilé, comme il m’arrive de boire. J’en sais les dangers pour la santé au sens strict, telle qu’elle peut être définie par ceux qui nous gouvernent, dans la peur des maladies qui mènent plus ou moins rapidement à la mort, contre lesquelles il faut lutter, par tous moyens… et je sais le coût des traitements pour que survivent les malades, le coût financier que cela implique. Je sais tout cela et je sais encore que la santé n’est pas simplement l’absence de maladie ou d’infirmité. La santé est bien plus que cela. Elle est cet « état de bien être total physique, social et mental de la personne » (définition de l’Organisation Mondiale de la Santé). J’accepte en fumant de mettre en danger pour l’avenir, mon état de bien être physique et dans une certaine mesure, sans doute, mon état de bien être mental. En fumant, je m’assure également, pour le présent cette fois, mon état de bien être social et dans une large mesure, sans aucun doute, mon état de bien être mental (tant je sais l’importance des relations sociales, que permet le temps du narguilé, dans le sentiment de bien être au monde parmi les autres).

Je fume en des lieux dédiés à l’acte de fumer, des lieux dédiés à bien davantage que ce seul acte. S’y exprime une forte sociabilité où l’on se rencontre entre amis ou entre inconnus, où l’on discute, où l’on partage. D’une fois sur l’autre, on peut y observer l’existence de petits groupes, toujours les mêmes, investissant un coin de salle. La complicité s’exprime dans des plaisanteries, la solidarité dans l’échange de paroles. Dans les bars chicha comme dans d’autres lieux dédiés à une pratique spécifique (je pense aux Points Courses du Pari Mutuel Urbain), la proximité est grande (due en partie à la promiscuité qu’impose l’exiguïté du lieu). Les contacts physiques sont fréquents. On s’interpelle, on se salue. D’autres rapports sont plus discrets. Sans doute la proximité est-elle favorisée par celle qui préexiste à la pratique du narguilé, d’ordre sociale, culturelle, économique.

Je goûte, dans ces niches de connivence, au sein de petites sociétés secrètes qui l’autorisent,  l’anonymat, un monde choisi, essentiel, inaliénable, où l’on fait corps au-delà des différences. J’entre désormais ici en clandestinité, au courage d’une certaine manière. Ces niches de connivence sont des repères d’existence pour bon nombre de personnes, où il est possible de goûter des moments d’absence au monde, où s’exprime une autre vérité. Le bar chicha est un lieu de mystère, dont l’odeur ne dit rien des complicités qui s’y fondent, de l’appartenance, du lien qui s’y forge. Nos instants d’éternité. Dans ce huis clos, où l’on est jamais seul, on se retrouve pour discuter, « niches de connivence où l’on s’exerce à l’échange des paroles et des consciences, par défi contre les vérités établies, matrices d’utopies artistiques ou politiques » (Jean Duvignaud, Le pandémonium du présent, Paris, Plon, 1998, pp. 39-40), où « s’élaborent des émotions, des images, des figurations, des sentiments attachés aux relations internes du groupe : une cuisine à l’étouffée qui mêle des pratiques, des rites, des légendes, des formes » (Jean Duvignaud, La genèse des passions dans la vie sociale, Paris, Presses Universitaires de France, 1990, p. 7 8) Ici, il est encore possible de « Trouver à qui parler […] Parler pour dire, […] et ne pas être seul. La solitude c’est cette fréquentation consensuelle permanente. Cultiver le désaccord. » (Georges Perros, Papiers collés 2, Paris, Gallimard, 1998, rééd. p. 256)

“Interlude”

« Le Houka, comme le narguilé, est un appareil très élégant ; il offre aux yeux des formes inquiétantes et bizarres qui donnent une sorte de supériorité aristocratique à celui qui s’en sert aux yeux d’un bourgeois étonné. C’est un réservoir, ventru comme un pot du Japon, lequel supporte une espèce de godet en terre cuite où se brûle le tabac, le patchouli, les substances dont vous aspirez la fumée, car on peut fumer plusieurs produits botaniques, tous plus divertissants les uns que les autres. La fumée passe par de longs tuyaux en cuir de plusieurs aunes, garnis de soie, de fil d’argent, et dont le bec plonge dans le vase au-dessus de l’eau parfumée qu’il contient, et dans laquelle trempe le tuyau qui descend de la cheminée supérieure. Votre aspiration tire la fumée, contrainte à traverser l’eau pour venir à vous par l’horreur que le vide cause à la nature. En passant par cette eau, la fumée s’y dépouille de son empyreume, elle s’y rafraîchit, s’y parfume sans perdre les qualités essentielles que produit la carbonisation de la plante, elle se subtilise dans les spirales du cuir, et vous arrive au palais, pure et parfumée. Elle s’étale sur vos papilles, elle les sature, et monte au cerveau, comme des prières mélodieuses et embaumées vers la divinité. Vous êtes couché sur le divan, vous êtes occupé sans rien faire, vous pensez sans fatigue, vous vous grisez sans boire, sans dégoût, sans les retours sirupeux du vin de Champagne, sans les fatigues nerveuses du café. Votre cerveau acquiert des facultés nouvelles, vous ne sentez plus la calotte osseuse et pesante de votre crâne, vous volez à pleines ailes dans le monde de la fantaisie […] Les plus belles espérances passent et repassent, non plus en illusions, elles ont pris un corps, et bondissent comme autant de Taglioni, avec quelle grâce ! Vous le savez, fumeurs ! Ce spectacle embellit la nature, toutes les difficultés de la vie disparaissent, la vie est légère, l’intelligence est claire, la grise atmosphère de la pensée devient bleue ; mais, effet bizarre, la toile de cet opéra tombe quand s’éteint le houka, le cigare ou la pipe. Cette excessive jouissance, à quel prix l’avez-vous conquise ? ».(Honoré de Balzac, Traité des excitants modernes, Paris, Mille et une Nuits, 1997, pp. 36s.)

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Balzac, qui écrivait ces lignes vers 1839, ajoutait plus loin, « Tout excès qui atteint les muqueuses abrège la vie » (ibid., p. 47). Et ? C’est un choix qui demeure possible, non ?

La pratique du narguilé est choisie. Les fumeurs pénètrent l’espace-temps du narguilé librement. Le temps consacré à la pratique est alors perdu pour les occupations quotidiennes contraintes, mais gagné quant à la libre disposition de soi-même, s’offrant comme luxe, tentative pour échapper à l’impératif utilitaire de rentabilité, de sécurité. A l’image du parieur, qui sait bien qu’il joue au risque de tout perdre, les fumeurs savent bien qu’ils fument et encore ce qu’ils risquent d’un côté, ce qu’ils gagnent de l’autre*, et font dans cet acte l’expérience de la liberté : « Temps perdu pour le travail systématique et pour la production matérielle. Temps perdu, temps gagné. (…) L’homme qui joue [qui fume] a donné congé aux nécessités du monde, au monde de la nécessité, pour entrer dans un univers de liberté » (Georges Gusdorf, « L’esprit des jeux », in Roger Caillois (dir.), Jeux et sports, Paris, Gallimard, 1967, p. 1162.)

En cet univers de liberté, sphère d’effervescence discrète, je me sens privilégié et complice, et je goûte la « solidarité de ceux qui s’y retrouvent [qui] est d’autant plus forte qu’elle se trouve “à l’abri” des autres groupes qui composent la vie sociale, établissant des rapports de connivence et de prestige plus solides […] Ni institution ni organisation : le lien qui unit les membres est arbitraire et plus ou moins éphémère. Le goût qui en émane n’est pas une préférence flottante, liée au marché, mais bien la valorisation d’une manière de vivre, de se mouvoir, de s’insérer dans un monde. » (Jean Duvignaud, La genèse des passions dans la vie sociale, Paris, Presses Universitaires de France, 1990, p. 157) Un monde dans lequel je peux me reconnaître, qui laisse s’exprimer la poésie de l’existence. Jouissance simple et éphémère.  

J’aurais imaginé que nos gouvernants chercheraient à comprendre quelle relation subtiles prennent corps dans des pratiques telle que le narguilé, qu’ils prendraient le temps de ne pas en voir qu’un aspect médical, de santé publique, quand d’autres enjeux y prennent place : ne serait-ce qu’étudier comment la pratique du narguilé, comme celle du jeu, tissent des relations entre les individus, ayant tous en commun d’être porteurs d’une expérience singulière qui ne demande qu’à être exprimée et que c’est dans cette expression partagée que réside, sinon le sens de la vie, le sens de vivre ensemble, de faire société. De ces expériences croisées, écrivait Duvignaud, on découvre des autres ce que les autres découvrent en nous, une relation qui donne forme à une évidence commune, « Il ne s’agit pas d’un je et d’un vous autres, mais d’un nous – ce que l’on est, ce que l’on perçoit. » (Jean Duvignaud, Le pandémonium du présent, Paris, Plon, 1998, p. 159).   

Il aurait fallu, pour saisir tout cela, que nos gouvernants prennent le temps ; or, le « pragmatisme » qui les anime, ne prône point la durée, mais bien une immédiateté (qui pervertit d’ailleurs tout pragmatisme – qui pose la valeur pratique des idées comme critère de vérité). Qu’ils prennent le temps, oui, pour se forger une idée du phénomène « narguilé » au-delà de la seule somme des idées reçues qu’ils en ont, fussent-elles justes pour certaines, au regard des conséquences médicales, stricto sensu, de ce phénomène, conséquences que nous ne nions pas ici d’ailleurs, et par suite, de ne pas agir de manière aussi radicale et limitée. Le pragmatisme a ses limites.   

Tout phénomène s’inscrit dans la durée, la société n’est pas une donnée, elle est bel et bien un processus qui s’ancre dans un échange entre l’objectif et l’intersubjectif. Savent-ils seulement, ceux qui interdisent telle ou telle pratique, quel sens celle-ci recouvre pour ceux qui s’y adonnent ? Signification d’autant plus délicate à saisir, à comprendre, qu’elle est liée à l’inscription des acteurs dans divers contextes spatio-temporels, dans des jeux de transmissions, d’échanges, de rituels qui définissent tant la pratique que les manières qu’à chacun de la dire, la penser et la faire. Ces liens, sociabilités particulières et microscopiques, qui font se rejoindre nos quotidiens et l’infinité du possible.  

Je ne désespère pas de nous voir détrôner un jour prochain les prétentions que nos gouvernants s’accordent à eux-mêmes en nous maintenant, pour l’heure, les genoux à terre. Et de là, faire jaillir des idées neuves, collectives, sur la base de nos échanges de vivant à vivant. Ce mouvement, encore souterrain, est porteur d’intuitions, qui naissent derrière la fumée des narguilés aussi. Et ainsi d’en faire naître la crainte aussi, et la laisser s’épanouir. Il faut combattre contre toute action politique qui vise à aliéner l’existence de chacun dans le consensuel permanent. Le travail d’ouverture des consciences n’est jamais achevé. Il faut se pervertir contre toute idée reçue, savoir douter de ce que l’on croit savoir de source sûre. Accepter de demeurer entre homogénéisation et émergence, entre perte et invention.  

Mais, force est de constater qu’il n’est « point de subversion ou de remise en question de l’ordre qui est – dont Diderot pensait qu’on ne peut le contester « sans changer d’être ». Personne ne songe à changer d’être, seulement à jouir de ses biens propres. Chacun prolonge ses intuitions premières et suit sa pente. Le mot – peut-être l’idée maîtresse – de ce temps n’est-il pas « gestion » ? On gère au sport une victoire ou une défaite, on gère une maladie, les passions, ses revenus, son travail, voire son inconscient. » (Jean Duvignaud, Le pandémonium du présent, Paris, Plon, 1998, pp. 186-87) On gère son « capital santé »…  

Et peut-être sommes-nous, ainsi que l’écrivait Céline, par nature, si futiles, que seules les distractions peuvent nous empêcher vraiment de mourir. 

Allez-vous donc nous tuer, messieurs les puissants ?

Jean-Christophe LEFORESTIER   

Post scriptum - fév. 08 / 15

je m’arrêterai désormais en certains lieux discrets, pour fumer et échanger sur ce monde que l’on parcourt et élabore ensemble, songeant dès à présent à l’acte de subversion que je commettrai ainsi et que l’Etat ne pourra plus jamais accepter… car il demeure quelque chose à comprendre dans ce qui ne reproduit pas l’ordre sécurisant des choses… à condition de bien vouloir s’attarder, s’arrêter dans ces espaces incertains où s’ancre encore notre vécu social… en des temporalités multiples, en des lieux où les esprits coopèrent… assurant la cohésion d’ensemble contre une politique par trop bruyante et idéologique, de séparation… je nicherai encore longtemps en connivence, non pas contre les uns, mais bien pour les autres.  

* cf. Jean-Christophe Leforestier, « Les turfistes. Éléments pour une socio-anthropologie du pari hippique », in Socio-Anthropologie, n°13, « Jeux / Sports », 2003, http://socioanthropologie.revues.org

Le lecteur désireux d’approfondir la question de l’usage social du narguilé se reportera au texte de Kamal Chaouachi, Anthropologie d’un mode d’usage de drogues douces, Paris, L’Harmattan, 1997 ; également, du même auteur, Le Monde du Narguilé, Paris, Maisonneuve et Larose,2002, et Tout savoir sur le narguilé, Paris, Maisonneuve et Larose, 2007 ; on consultera avec intérêt le site http://www.sacrednarghile.com.

« La solidarité des hommes se fonde sur le mouvement de révolte et celui-ci, à son tour, ne trouve de justification que dans cette complicité […] toute révolte qui s’autorise à nier ou à détruire cette solidarité perd du même coup le nom de révolte et coïncide en réalité avec un consentement meurtrier […] Pour être, l’homme doit se révolter, mais sa révolte doit respecter la limite qu’elle découvre en elle-même et où les hommes, en se rejoignant, commencent d’être […] Dans l’expérience absurde, la souffrance est individuelle. A partir du mouvement de révolte, elle a conscience d’être collective, elle est l’aventure de tous […] Dans l’épreuve quotidienne qui est la nôtre, la révolte joue le même rôle que le « cogito » dans l’ordre de la pensée : elle est la première évidence. Mais cette évidence tire l’individu de sa solitude. Elle est un lieu commun qui fonde sur tous les hommes la première valeur. Je me révolte donc nous sommes. » Albert Camus, (1951) L’homme révolté, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1965, pp. 431-32

Les pavés sous la plage Les virus Boire Les dérives Ce qu’il ne faut pas manquer A tout instant A tout prix Les « à votre avis ? » Les « adjugé ! » Les agents doubles Les eaux troubles Ah…! Ceux qu’il faut neutraliser absolument Les anges hystériques de la liberté L’excellence Les galops Aller plus loin Ailleurs Ce qu’on amasse Ce qu’on anéantit Les tempêtes Les architectes en voie d’extinction Passer à l’acte plutôt que d’y simplement penser Arrêter le gâchis Entrer en résistance Le luxe Les traitements de faveur Aujourd’hui autrement Savoir ce qu’il faut écrire est une affaire sur laquelle il n’est pas nécessaire de s’expliquer Le mieux est de n’écouter personne Les perspectives attrayantes Ce dont on a entendu parler Les cons que l’on voit dans les salons Les concepts Les bandes de jeunes La drogue Beaucoup plus chic Les belles dans l’âge de leur peau Les saisons d’évasion Ne plus avoir besoin de rêver Le blanc qui chasse les idées noires La bonne année Tout ce qui change chez nous Tout ce qui compte Ce qui ne marche pas Ce qui ne va pas durer La facilité Les « ça va comme un lundi » Le café Se défendre seul Les « ce n’est qu’un début » Les réponses normales des organismes soumis à une agression La révolution Le silence La censure La différence Les bons moments Se réveiller original Ce qui est prouvé Les « ceux qui ne disent pas non sont morts » Ceux qui servent ceux qui soignent ceux qui tuent Choisir son camp Les « comme il vous plaira » Devenir Décoller Se réinventer Résoudre ses problèmes Le « c’est culte ! » Le cul Comprendre la suite Les conseils d’ouverture facile La continuité La séparation Le désir Convaincre Le style Ce que l’on croit L’avant-garde L’avis des autres Les barricades Ce dont on pourrait bien parler Les souvenirs Les défenses d’uriner ou de souiller Les pauvres dehors L’exception Le diabolique Les derniers mots à la dernière minute Les délices du hasard Le dieu social Les disparus Le donnant-donnant Improbable n’est pas le mot Les régimes La fin des alanguissements Ce qu’on ne fera pas L’esprit large Tout est écrit S’engager La moindre des choses S’éclater Toucher Penser dehors Le vide dans la tête Ecrire son roman L’efficacité démontrée en étude clinique La souplesse d’Emma Etre en avance sur son temps Les « tu devrais en faire autant » En finir Les enfants qu’on recrute La guerre Peut-on encore entrer sans payer ? ERROR SYSTEM La vie peut-elle n’être qu’un vaste mensonge ? Etre de gauche Etre exsangue et déchiré(e) Faire simple Flâner Séduire Les rires Les distances qu’il faut garder Etre générateur d’avenir Les « halte aux idées reçues ! » Les hésitations Les respirations paisibles La gratuité L’horizon Madagascar Les noyades Ce qui reste hors du commun Jean-Sébastien Bach Se perdre Interdire la vente En mettre plein les yeux Ceux qui nous reconnaissent tout de suite Les bons Le réel La pression Tenter sa chance Les choix Faire des trucs sexy La tentation Les « du jamais vu ! » Les blessures Le froid La fin de Yasser Les dettes annulées La mariée était belle… La mer La musique Le principe de précaution Les nuisibles La possibilité d’une île La solitude Dada Le bonheur qui est dans le vrai Le ciel qui peut attendre Avoir le cran Les dimanches Le football rend-il con ? Le hasard pimente-t-il la vie ? Le progrès ? Le temps qui ne compte plus Les factures de téléphone Les cow-boys Les enfants turbulents Les failles Le manque de finesse Les places chères Les lignes de fuite Ceux qui détiennent des secrets L’illusion La poudre La mort dans l’âme L’irrésistible appel de l’aventure L’œil qui écoute Ceux qui trouvent leur compte Rester discret Les mauvaises nouvelles Les mauvaises surprises Le confort Le mystère La résistance Ce qui ne suffit plus Le refus de la soumission Les chevilles qui enflent La fierté Les « on ne devrait jamais avoir honte » La mort de Philippe Sollers Ne pas savoir exactement comment ça marche Facilement tomber amoureux Se vider Les ordures La civilisation Les cliniques pour les oubliés Les décrets qui interdisent Le paradis « Paris is my Bagdad » Partir quand ça nous prend Les murs Les « je passe te voir » Ce qu’on peut encore oser dire « Personne ne sait comment nous allons pouvoir nous en sortir » Les profits qui font les dépenses inutiles Le plaisir en point de fuite Prendre la tangente Les chocs Les fiançailles Ces trucs qu’on n’a plus dit depuis longtemps Les femmes qui révèlent la beauté Ce que font les chiens entre 14 et 16 L’été L’automne Les soirs qui nous arrangent L’heure de l’autre côté du monde Faire du beau La vie éternelle Se contenter de peu Réfléchir Ce rien qui n’oblige personne à dire la vérité Changer de statut et de statues Les « c’est improbable » Le non fumeur qui a déjà fumé Se mettre à jouer Les portes puits Les « on n’est jamais trop prudent » Le risque zéro Les loupés La douceur remarquable Les ras le bol Les « tu me la refais mais… avec plus d’émotion » S’asseoir Se défaire Caresser Le sens du travail Sideways Les tas de sable Les « la » Les temps morts Toujours aller plus loin sans avancer jamais Tout est faux ! L’indécence à montrer Tout est mode Tout est simple Tout le monde peut dire tout et n’importe quoi Le travail qui nuit gravement à la santé Ces moments qui suffisent à tout changer Les « et… tu te vois où après ?… » L’enfer au quotidien Pratiquer la fermeté intégrale Les refus de principe Le regard neuf Une autre vie ?… S’amuser Les lignes de conduite Savoir de quoi l’on parle être convaincu donc convaincant L’uniformité Les mains Les problèmes de couples Avoir tout à gagner Etre à chaque instant Etre le centre du monde ça fait du bien Se rappeler des prochains « Le marxisme et le communisme ont constitué à bien des égards les avatars les plus extrêmes de la civilisation moderne » Les « papa, c’est quoi civilisé ? » Le temps perdu à hésiter Les voyeurs Les esclaves Le colonialisme Les nouveaux papes Les promeneurs du champs de mars et d’ailleurs Les insomniaques Attaquer Y a-t-il une vie sans téléphone ? Avoir un satyre en soi et de la folie Ceux qui ont l’allure d’un président et qui ne le deviennent jamais L’excuse de la panne Les « y a un os » Les « y a un truc » Zoom zoom Jusqu’ici tout va bien… Venez nombreux ! Vivre enfin Vivre sa vie Penser à rentrer en vie Qui dit mieux ? Le martèlement sourd des mots Le Saint-Estèphe Les points où l’on s’accorde Nos désordres Les masques Les poisons aimables Les instants qui se tordent Réussir à ne pas faire Etre pressé de ne pas finir Etre vache Les trucs « genre » La vie fausse L’arbre du voyageur Le thé Souffler Les « à vous de jouer » Etre encore moderne Les expériences uniques Les créations exclusives La montée verticale et explosive Avoir envie Dormir Etre sûr de savoir où l’on va Les intronisations Les façons de se jeter à l’eau Les « j’ai un secret à te dire » Les « j’aime beaucoup ce que vous faites » La résistance Etre une idole Exister La cour des cons Les fins L’inspiration qu’il faut laisser venir L’art de ne rien faire et de le faire bien Les assassins qui habitent toujours au 21 Les charmes discrets Les yeux fertiles L’été qui passe La fidélité La mort faut croire Les exaltations Nomadez-vous Nadja Les « où es-tu mon amour ? » Les jets d’eau Les jets de pierre Les jets privés La légèreté Les dangers 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